Même si l’on peut contester un certain nombre de ses fonctionnements, de ses lourdeurs, voire de ses dérives technocratiques et réglementaires, remettre en cause la construction de l’Union européenne ne relève pas des compétences ni des attributions des équipes ID Aero+. Mais cela n’empêche pas de rappeler que si le projet européen a prévu des abandons d’autorité au nom du principe de subsidiarité, il n’a pas été construit sur la notion d’abandon de souveraineté.
Souveraineté, un nom, un principe et un concept magnifiques sur lequel nous avons déjà écrit par le passé et en vertu duquel Paris, Berlin, Madrid ou Rome restent maîtres de leur destin, quand bien même ces capitales ont décidé de s’unir, y compris via une monnaie commune.
Rester maître de son destin veut dire que l’on peut être amené à faire des concessions au nom de la coopération, mais jamais à céder en y étant forcé. La crise grecque aura montré les limites de cette situation même si, in fine, Athènes a toujours eu le choix : respecter les règles imposées par Bruxelles ou sortir du jeu européen, au risque de voir son économie s’effondrer. C’est toujours quand sont en jeu les sujets cruciaux que l’on teste les limites d’une union.

Dans notre précédente analyse au vol, nous avons essayé de comprendre pourquoi la France, ces dernières années, avait reculé sur des sujets cruciaux de coopération européenne, particulièrement avec l’Allemagne : satellites, lanceurs, armement terrestre et en partie sur le pouvoir économique et stratégique au sein d’Airbus, avec la menace ultime sur le successeur du best-seller A320 s’il venait à ne plus être conçu et produit depuis Toulouse, cœur historique d’Airbus depuis ses origines.
Des reculades que notre dépendance à la solidité financière de l’Allemagne au sein de l’euro ne saurait justifier malgré la piètre situation de nos finances publiques à l’heure où la France doit s’endetter encore plus, à des conditions heureusement encore attractives mais grâce à notre appartenance à la monnaie commune.

Avant cet ultime bras de fer, encore à venir, sur l’avenir d’Airbus, il en est un autre qui se joue actuellement sous nos yeux et concerne un sujet peut-être encore plus crucial puisqu’il concerne un matériel clé de défense, porteur potentiel de l’arme atomique donc un des fers de lance de la force de dissuasion française que nos voisins, dépendant de l’OTAN donc des Etats-Unis, ne possèdent pas : l’avion de combat.
C’est bien entendu de la succession du Rafale dont nous parlons avec le programme SCAF, avec un S comme souveraineté ce qui ne manque pas d’un certain humour noir.

Là encore, pour tenter de sauvegarder une solidarité de façade et de ne pas mécontenter un partenaire allemand dont nous avons besoin économiquement et financièrement, certains en France ont été tentés de céder une part de notre savoir-faire irremplaçable en matière d’avion de combat.
Heureusement, jusqu’à maintenant, la maison Dassault a tenu bon et défendu, non ses seuls intérêts, mais ceux de notre patrie. Trop rares ont été les voix dans notre pays qui se sont ajoutées à la sienne pour souligner les dangers des pressions venues de Berlin et de Madrid pour tenter de faire céder la partie française et d’accepter de perdre une part du leadership de ce programme donc de transférer des technologies à nos voisins en se faisant tordre le bras.
Disons-le ici : c’est et ce sera inacceptable. Certains combats valent mieux que de fausses coopérations. Surtout quand la souveraineté de la France et de ses armes en sont l’enjeu.
Paris avait su faire le bon choix avec la génération précédente et faire seule le Rafale, avec le succès que l’on sait pendant que d’autres européens concevaient un avion, l’Eurofighter Typhoon, dont les limites ne pouvaient qu’être inhérentes à la contrainte de faire un seul appareil pour des besoins opérationnels et stratégique différents sinon divergents.
La France doit montrer une fois de plus qu’elle a le courage de savoir défendre ses intérêts vitaux dans un monde de 2026 où les risques géopolitiques n’ont jamais été aussi grands.
Pierre Orlan