Monsieur le Président,
Chers lecteurs, l’actualité nous oblige à revenir une fois de plus sur le sujet brûlant du SCAF.
Si nous avions la possibilité de parler directement à notre Président de la République, voici ce que nous lui dirions.
Monsieur le Président
Le projet d’avion militaire européen, dit NGF/SCAF, que vous avez lancé en 2017 avec la chancelière Angela MERKEL, s’avère irréalisable.
Cet ambitieux programme est, de toute évidence, trop en avance sur son époque. L’Europe reste un ensemble de 27 nations, chacune ayant sa propre idée en matière de Défense.
Tous les acteurs partagent objectivement la même conclusion de non-viabilité du SCAF.
C’est le résultat des sept années d’étude de faisabilité menée en coopération par des experts réunis en plateau chez Dassault. Leur compétence n’est pas en cause : compte tenu des besoins divergents, leur mission revenant à résoudre l’impossible problème de la quadrature du cercle.
C’est l’avis de nos partenaires allemands, que ce soit AIRBUS Defence & Space, ou le syndicat IG METALL et même le chancelier allemand Fredrich MERZ.
C’est aussi celui des partenaires français, en particulier Dassault, désigné maître d’œuvre qui voit sa maîtrise d’œuvre remise en cause.
C’est l’avis émis par les deux médiateurs, grands connaisseurs de l’industrie de Défense s’il en est, l’Allemand Frank HAUN et le Français Laurent COLLET-BILLON, qui ont planché sur la viabilité du projet.

Vous êtes, Monsieur le Président, le seul décisionnaire de l’avenir de ce programme.
Compte tenu de ce qui précède, la meilleure décision ne serait-elle pas, en accord avec le chancelier Friedrich MERZ, de clore ce programme dont la prolongation n’aboutirait qu’à une perte de temps et d’argent ?
À notre avis, cette décision n’impacterait ni notre industrie disposant d’un solide plan de charge ni l’avenir de notre Défense puisque le RAFALE est promis à de nouveaux développements.
Elle n’impacterait pas plus la Défense européenne. A notre partenaire allemand de savoir s'il est en mesure de réaliser l’avion militaire correspondant exactement à ses besoins Quant aux autres pays européens, ils se sont équipés de matériel américain et ne paraissent pas vouloir en changer.
Sur ce sujet, nous récusons certaines idées diffusées par des médias.
Le commissaire européen à la défense qualifie le projet d'avion de combat SCAF d'« échec »
Nous contestons cette affirmation selon laquelle l’abandon du projet SCAF serait un échec. C’est méconnaître le fonctionnement de l’industrie aéronautique. Tant qu’un projet est à l’étude, il est abusif de parler d’échec. Les armoires des avionneurs et des motoristes regorgent de cartons contenant des études abandonnées, car reconnues sans avenir. En revanche, ce serait un échec si, poursuivant un programme reconnu mal né, il s’avérait à l’usage, ne correspondre à aucun des besoins des partenaires.
Nous réfutons l’idée que l’abandon du SCAF pourrait nuire à l’amitié franco-allemande. Nous pensons le contraire. Ce qui nuirait, à coup sûr, à cette amitié, ce serait d’aboutir à un avion « raté » que les spécialistes appellent « mouton à cinq pattes ». Dans ce cas, la brouille serait assurée…

Nous sommes très sceptiques quant aux affirmations, non démontrées, selon lesquelles un avion européen unique, voire américain, défendrait mieux l’Europe que plusieurs avions issus de programmes nationaux. Là encore, nous pensons le contraire. Qui peut croire que ce sont les F-35 américains commandés par treize pays européens qui pourraient assurer notre Défense ?
En l’état actuel de notre industrie aéronautique militaire française, la France est en position forte avec le programme RAFALE. Ce dernier, grâce aux succès à l’export et avec les développements en cours et futurs, assure à notre pays autonomie et souveraineté pour une grande partie du siècle.
L’intérêt de notre pays et de l’Europe n’est-il pas de rester sur cette trajectoire ?
Puissent ces réflexions de l’équipe ID AERO+ regroupant de très anciens observateurs et acteurs du monde aéronautique, vous être utiles à prendre votre décision et trouver une sortie par le haut.
L’équipe ID AERO +