Lettre TBM n°57 —

Aviation de ligne : résultats 2025 - Part2

Déficit de livraisons, faiblesse des retraits, augmentation de l’âge de la flotte active, maintien d’un haut niveau de flotte stockée, forte progression de la MRO, prévisions de livraisons 2026

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Points clés

Conclusions du volet 1

L’année 2025, et plus précisément le deuxième semestre, montre des indices de forte remontée des livraisons d’avions.
Les livraisons de moteurs civils de moyenne et forte puissance au 2ème semestre 2025 sont un indice positif de la trajectoire de reprise des livraisons des avions de ligne.
Ce double constat nous a amenés à considérer que les deux avionneurs sont revenus sur la bonne trajectoire de reprise.

Questions du volet 2

Quelles ont été les conséquences du déficit de livraison d’avions neufs ?
Quelles sont les prévisions 2026 ?

Le déficit de livraisons 2019-2026 en avions nouveaux 

En comparant les livraisons du cycle actuel aux livraisons des cycles précédents, en nombre ou en taux de livraisons : nous obtenons un déficit de livraisons d’avions neufs sur la période 2019-2026 de 2 000 à 2 500 appareils par rapport aux précédents cycles baissiers.

L’âge de la Flotte active

Au cœur de la crise Covid (2020), l’âge moyen de la flotte a baissé de 10% (vs 2018), les compagnies utilisant les appareils les plus récents. Ensuite avec la forte reprise du trafic, et faute de suffisamment d’appareils nouveaux livrés, les compagnies ont pioché dans le stock d’appareils immobilisés et l’âge moyen de la flotte a fortement augmenté.

La faiblesse des retraits

Faible niveau des retraits depuis le 2T2021, tendance qui s’est poursuivie en 2025, à l’exception du 4ème trimestre 2025.
En 2020, les retraits ont été particulièrement élevés (924 appareils) à 3,0% de la flotte. Les compagnies aériennes, dès le début de la crise, ont rapidement retiré les appareils anciens. Mais depuis 2021, le mouvement s’est ralenti. Le taux de retraits n’est plus que de 1,1% de la flotte. Les compagnies aériennes semblent être dans une attitude d’attente, peut-être de prudence face à une très forte progression du trafic aérien (demande), sans doute plus forte qu’anticipée. Et avec du côté de l’offre, des difficultés à faire progresser les livraisons.

L’âge des retraits

L’âge des retraits des A320ceo et des B737 NG est très proche.
Ce résultat est confirmé par l’évolution depuis 2018. : Boeing “vide” progressivement un stock d’appareils très âgés et/ou des types très anciens encore présents, pendant qu’Airbus est déjà “normalisé” sur un âge de retrait plus jeune.
Concernant les deux best-sellers, l’A320ceo et le B737NG, on assiste à une convergence vers un âge pivot ≈ 22-23 ans. Age qui devient un seuil économique implicite de retrait des Fuselage Etroit.

Le maintien d’un haut niveau de flotte stockée

Le manque de visibilité sur les livraisons d’avions neufs a conduit les opérateurs à une attitude de prudence en limitant les retraits d’appareils anciens. D’où le maintien d’une importante flotte stockée très supérieure au niveau de flotte stockée précédent la crise.
La faiblesse des retraits en 2021-2025 a pour corollaire un haut niveau des avions qui demeurent immobilisés. Les appareils qui n’ont pas été retirés ne sont pas en activité, ils demeurent dans le stock des appareils immobilisés.
Cette situation nous incite à considérer qu’une partie de ces avions stockés ne reviendra pas dans la flotte active. Ces avions ont déjà quasiment quitté l’offre d’avions disponibles et devraient être ultérieurement retirés de la flotte.

Derrière les 4 700 jets stockés fin 2025 se cachent en réalité deux groupes distincts. 
1.    Le premier, majoritaire, concerne 4 100 appareils âgés de 10 ans ou plus, relevant d’une logique de vieillissement, de faible liquidité ou de retrait économique différé.
2.    Le second concerne 600 avions de moins de 10 ans, dont 480 équipés de moteurs GTF, et traduit davantage une contrainte technique qu’un problème de demande ou d’obsolescence.

La forte progression de la MRO

La MRO est soutenue par quatre facteurs qui se cumulent :

  • Le déficit de livraisons d’avions neufs
  • Le vieillissement d’une partie de la flotte
  • Les retards des retraits
  • Les immobilisations techniques, notamment moteur

Le niveau élevé du stockage mondial ne signifie pas que la MRO ralentit. Il signifie plutôt qu’elle change de nature. 
C’est là que le déficit de livraisons d’avions neufs joue un rôle décisif. 
La logique est donc la suivante : plus le renouvellement de flotte ralentit, plus la MRO est sollicitée.
Au total, la MRO bénéficie d’un environnement durablement porteur, mais de plus en plus polarisé. 

Faute d’avions neufs en nombre suffisant, l’industrie fait durer l’existant. Et quand l’existant dure plus longtemps, la MRO devient plus que jamais le véritable régulateur du système.

La forte progression de la MRO pour maintenir en activité les avions concerne notamment la génération précédente d’appareils : voir la forte progression des activités de services pour moteurs civils.

Les prévisions de livraisons 2026

Les prévisions 2026 sont basées sur les déclarations et prévisions des avionneurs.
Au vu des livraisons des premiers mois de l’année, la prévision de 1 675 appareils à réaction livrés en 2026 apparait être l’objectif maximum que les avionneurs pourront atteindre.
Si l’objectif de 1 675 appareils est atteint, 2026 sera à 95% du niveau 2018. 

La guerre en Iran peut-elle modifier ces prévisions ? Ce sera l'objet d'un prochain article.