Nous nous sommes déjà fait la réflexion mais comme il est rare de parcourir une prise de parole claire, sincère, vraie comme celle d’Éric Trappier. Une prise de parole qui ne soit pas politique en ces temps qui le sont tellement, qui ne cherche pas à plaire ni à calculer. Sur la complémentarité civil-militaire, sur l’avenir du Rafale, sur la coopération, sur les véritables raisons du divorce autour du SCAF (ainsi que sur les tensions France-Allemagne et Dassault-Airbus), sur l’aviation d’affaire et les enjeux du Falcon 10X, sur la souveraineté enfin : pas d’esquive, pas d’esbrouffe, pas d’orgueil mal placé ni d’humilité feinte. Comme on souhaiterait que tout discours de dirigeant, d’entreprise, de parti ou de gouvernement, de syndicat, d’institution, d’organisation qu’elle soit gouvernementale ou non gouvernemental (ONG) ait cette efficacité.
La force qui sous-tend cette parole a un nom : elle s’appelle le leadership. Un leadership dont le PDG du groupe Dassault ne manque pas comme en témoignent ses paroles : « le leader n’est pas celui qui fait tout ! Être maître d’œuvre d’un programme, ce n’est pas une fonction honorifique ou une question d’ego ; c’est assumer la responsabilité du programme devant le maître d’ouvrage (coûts, qualité, délais). Et pour pouvoir accepter cette responsabilité, il faut être en mesure de décider en dernier ressort : décider que tel sous-traitant est efficace ou non ; décider la définition des formes de l’avion ; décider les grands compromis techniques (par exemple, furtivité versus maniabilité, ou capacité d’emport et autonomie versus taille/masse/prix/navalisation) ; décider si la mise en vol est possible, etc. »

Commission de la Défense nationale et des forces armées de l'Assemblée Nationale
Décider, un mot essentiel dans l’existence et notamment dans le monde de l’industrie de pointe où un mauvais choix peut coûter beaucoup d’argent. Quand cette industrie est celle de la défense et notamment celle des avions de combat, « les réalisations humaines concentrant le plus de technologies critiques dans un volume si réduit » comme l’explique bien Éric Trappier, un mauvais choix se paye aussi en vies humaines.

© Dassault Aviation - A. Pecchi
Feu Jacques Chirac qui avait le sens de la formule avait dit un jour : « un chef, c’est fait pour cheffer ». C’est exactement ce que souligne le patron de Dassault qui ajoute : « la capacité à décider, sur les sujets techniques ci-dessus, est fonction des compétences. » Et de rappeler que la maîtrise de la complexité extrême que représente l’invention et la réalisation d’un avion de combat « est un lent apprentissage, un processus d’accumulation, de maturation et de transmission d’expérience d’une génération à l’autre. » Et dans ce domaine, personne en Europe et peut-être au monde, ne peut contester à Dassault cette pleine maîtrise des compétences.
Une maîtrise à laquelle s’ajoute une autre composante du leadership, ADN de la marque au trèfle à quatre feuilles : la vision. Il fallait en avoir pour bâtir un appareil, le Rafale, parfaitement adapté à l’évolution du monde vers la multipolarité. « Nous avons toujours su que le Rafale était un excellent avion, probablement le meilleur qui soit jamais sorti de nos usines. Nous avons toujours été persuadés qu’il aurait le succès qu’il méritait, au sein des forces françaises comme à l’export. Marcel Dassault l’avait d’ailleurs prophétisé : « ce sera un avion mondial ».

© Dassault Aviation - A. Pecchi
Tout comme il était visionnaire de considérer qu’un élément essentiel en cette fin du premier quart du 21ème siècle serait la souveraineté, héritage du héros de cinéma de cette année 2026, j’ai nommé le Général de Gaulle. « Avec quelques autres champions français, nous sommes en effet les dépositaires, au niveau industriel, de la politique d’indépendance mise en place par le général de Gaulle à partir de 1958. Le Général, et tous ses successeurs, ont voulu que notre pays soit doté de forces armées couvrant l’ensemble du spectre des capacités militaires nucléaires et conventionnelles. Ces forces s’appuient sur une industrie nationale performante et compétitive qui leur garantit, par la maîtrise des technologies stratégiques, la latitude des moyens sans laquelle il n’y a pas d’autonomie de décision ni de liberté d’action, et donc pas de véritable souveraineté. »
Pierre Orlan
Interview_d_Eric_Trappier_PDG_de_Dassault_Aviation_ID_AERO_vf_d8e25959ee.pdf